20.12.2006

Chroniques en milieux inhospitaliers.

 

!!!! C'est pas banal, j'en avais oublié un morceau...

 

L’hôpital (4)

 

 

 

Vendredi 8 Décembre (22h10) :

 

 

J’ai failli ne pas revenir !

Sur les coups de… je ne sais trop quelle heure,

Vous comprendrez en lisant la suite,

J’ai été pris d’une frénésie d’escapade nocturne.

J’ai donc sorti mon véhicule,

Oui, car je suis désormais équipé, en plus de mes béquilles,

D’un fauteuil roulant à déplacement manuel.

J’ai rendu le déambulateur par trop vétuste,

Et désormais inadapté à mes compétences.

A déplacement manuel…

Car les services de sécurité, au vu de mes exploits passés

Craignaient qu’avec un modèle motorisé

Je ne dépasse les vitesses autorisées dans les couloirs,

Déjà que je m’étais fait flashé en déambulateur.

Et puis comme ont dit les infirmières :

“Cela vous fera les bras”.

Me voilà donc en bas où je gare mon bolide dans le hall

Et béquille jusqu’au sas fumeurs,

Où j’aspire en solitaire les poisons de ma troisième cigarette du jour.

Plaisir terminé, je me plante devant la double porte sensée me détecter.

Elle ne s’ouvre pas !!

Je béquille arrière, puis avant, en me disant :

“Je suis transparent, elle ne m’a pas repéré”. Rien !

Dehors, une jeune employée qui en terminé avec son service

Explique à son chéri par portable interposé qu’elle l’attend avec impatience.

Soirée pleine de promesse…

D’un simple regard, je lui explique la situation :

“Ah bah oui, à c’t’heure là on peut sortir, mais pas rentrer” me répond-elle.

En vieux baroudeur qui ne veut pas perdre la face :

“Pas grave, je vais dormir dans le sas, j’ai vu pire”.

Je m’imagine déjà dormir là sur un pied

Comme un vieil héron fatigué.

Heureusement, un autre malade noctambule passant dans le hall

Et alerté par mon véhicule garé en double file

S’est approché de la porte qui par réflexe s’est ouverte

Me permettent de plonger à l’intérieur.

C’est alors que j’ai vu le bandeau sur la largeur des portes :

“Fermeture des portes à vingt et une heure”

Qui ne m’aurait guère été utile si je l’avais vu

Puisque si l’horloge du hall que j’ai aussi détecté à cet instant

Indique vingt et une heure quarante,

Ma propre montre annonçait et depuis un certain temps vingt heure trente cinq !

Comment aurais-je pu imaginer qu’un gadget capable de prendre des photos,

De faire téléphone, lance missiles etc etc, pouvait donner une heure erronée ?

 

 

19.12.2006

Chroniques en milieux inhospitaliers.

 L’hôpital (5)

Samedi 8 décembre :

Lundi restera un de ces jours perdus,

Un de ces jours dont seul, peut-être, l’inconscient conservera quelques traces,

Du moins en ce qui concerne la tranche de dix à environ dix sept heures.

Avant dix heures j’ai le souvenir qu’une blouse blanche animée par des bras

Est venue dans ma chambre pour me donner un petit “décontractant”

Dans la mesure où j’avais dit à l’anesthésiste qu’un léger stress m’envahissait.

Pour me décontracter, ça m’a décontracté…

Ensuite je n’ai vraiment su que vers dix sept heures que j’existais encore.

Comme quoi on peut mourir tranquillement…

Que s’est-il passé entre temps ?

Seul le chirurgien et ses assistants pourraient vous donner les détails.

A-t-il fait des prélèvements pour comprendre l’énigme de ce corps parfait ?...

A-t-il introduit des microprocesseurs pour enregistrer mes futures aventures ?...

Mais il n’est pas très loquace,

Il m’a seulement avoué que je suis désormais lesté de deux plaques et vis adéquates.

Avant de reprendre conscience de mon existence,

J’ai eu des doutes sur plusieurs choses :

Etait-elle vraiment venue la compagne de ma vie avec qui j’avais cru parler ?

Où bien l’avais-je seulement rêvée ?

Heureusement quelques traces, comme cette autruche-stylo

Qui pavoise sur ma table de chevet

Et ce petit billet écrit à la main

Ont confirmé que sa présence avait été bien réelle…

Et puis cette histoire de révolver !!!

J’avais vaguement entendu que l’on me demandait où était mon pistolet !!

Et moi dans mes vaps j’ai passé une partie de l’après midi à me demander

Pourquoi on appelait cet appareil un révolver !!!

Il faut dire que l’on m’avait mis en main la poire à morphine

En me conseillant d’appuyer sur la pompe en cas de douleur.

Autant dire que j’ai pompé…

 

Avant de rendre les clefs de l’ “appartement”

Je remplis le questionnaire destiné à apprécier les qualités du séjour.

Je coche oui pour plusieurs rubriques,

Car malgré tout du point de vue stricte des soins j’ai été bien traité.

Non pour la case : “bonne qualité de la nourriture”, faut quand même pas exagérer.

Puis à la fin du questionnaire,

Il y a trois lignes destinées à un commentaire libre,

Trois lignes que j’utilise pour dire que cela me semble bien peu vu ce que j’ai à dire

Et j’attaque la suite sur mon bloc notes.

Je fais un rappel sur le léger manque d’humanisme constaté

Et le besoin qu’il y aurait à employer un psychologue

Qui pourrait régulièrement rencontrer les personnels

Afin que ceux-ci puissent se rappeler qu’ils n’ont pas à faire

Qu’à des numéros de chambres et des maladies,

Mais bel et bien à des êtres humains qui leur ressemblent,

Dignes de respect et d’intimité.

Trois pages et demie qui ne serviront peut-être à rien

D’après ce que l’on me dit,

Mais seule l’abstraction de les écrire aurait été une certitude de cela.

L’esprit dégagé, me reviennent quelques anecdotes :

Les négociations sur l’emplacement du pistolet.

“Faudrait le poser là, sur la tablette votre pistolet”

“Vous plaisantez ? Je refuse d’avoir ça à portée de nez”

“Ben, mais c’est plus facile pour nous, on voit si faut l’vider”

“M’en fou, je suis lucide, je vous préviendrez quand il faudra…”

Les plaisanteries sur ma brisure et mon côté douillet.

“Pourtant c’est solide d’habitude un footballeur…”

”C’est que voyez-vous, moi je suis un footballeur intellectuel”

Pouvait quand même pas leur révélé que le football

N’était qu’une couverture à mes activités d’agent très secret.

Et puis ce  jeudi matin où, vers dix heures,

Elles m’abandonnent pour me laisser récupérer de mon changement de pansement.

“On fait une chambre et on revient vous changer les draps”

A 16h, je n’avais toujours vu personne

Et c’est la femme de ménage qui le fera…

Les autres je ne les reverrais que le lendemain :

“Ah ah on vous a oublié hier” dans un éclat de rire.

A l’heure qu’il est elle doit encore se souvenir

De ce que je lui ai dit quant à cet éclat déplacé…

Et les conversations de couloirs :

“Le monsieur de la 4… il peut pas changer sa couche…

Ah elle est pas costaude la p’tite dame là…”

Et autres diagnostics primaires en direct

Que ce soit de jour comme de nuit.

Voilà, je vais sortir sans regret et m’armer de patience…

On vit tout de même une drôle d’époque.

Fin

 

Harry Steed (Décembre 2006-"Chroniques en milieu inhospitalier")

 

16.12.2006

Chroniques en milieux inhospitaliers.

 

 

                                                        L’hôpital (3)

 

 

Vendredi 8 Décembre :

 

 

Ses lunettes sont en sueur !

L’agent secret n’a pas jeté un regard vers le miroir,

Il s’imagine pas beau à voir.

C’est qu’il s’en revient d’un périple fatiguant

Au cours duquel il a quelque peu présumé de ses forces.

Plein d’audace il a béquillé à travers les couloirs

Pour gagner l’ascenseur l’emmenant à l’air libre,

Là où l’on peut fumer à plein poumons

Dans ce sas qui n’arrête pas de s’ouvrir et de se fermer,

Ce qui est normal puisqu’il donne aussi bien accès à l’entrée qu’à la sortie.

J’ai croisé à ma deuxième venue (et donc pour ma seconde cigarette)

Un co-disciple de la douleur

Encore plus râleur que moi !

En tout cas avec des arguments plus faibles que les miens…

“C’est con de venir pour un truc (qu’il n’a pas précisé)

Et de repartir avec un cancer du poumon !..

Y’a rien d’autre à faire ici que de fumer…

J’ai connu des hôpitaux (tiens, un habitué)

Où il y avait des salles où tu pouvais jouer à la belote ou au tarot

Ici, y’a rien à faire, que fumer, la télé ça va un moment…”

Je l’ai quitté évasivement…

Qu’aurais-je pu lui dire ?

Qu’il avait raison sur quelques points,

Que la télé effectivement ça va un moment,

Que moi aussi j’aime bien taper la belote ou le tarot,

Mais que, malgré tout, à défaut de loisirs aménagés,

On peut trouver à s’occuper.

Que j’avais terminé dans la nuit le livre de François Léotard

“A mon frère qui n’est pas mort”,

Un livre aussi surprenant que l’écriture de cet ancien ministre de la défense

En hommage à l’amour qu’il portait au roi de la défonce qu’était son frère.

Qu’à défaut de taper le carton,

J’occupais mon temps à écrire,

Entre autre ces “chroniques de milieux inhospitaliers”

Je ne suis pas sûr que cela l’aurait intéressé…

Je ne lui ai pas plus demandé

Si d’aventure il jouait aux échecs,

Il n’avait pas le profil…

Et me voilà donc après un retour difficile.

J’ai même croisé mon chirurgien

Qui, sans doute à la vue de mes béquilles zigzagantes,

M’a conseillé de faire une pause.

Je suis en sueur et c’est pourquoi, même si j’adore ça,

Je conseille aux groupies entassées dans le couloir d’attendre un peu

Avant de déposer sur mon front un bisou réconfortant.

Le téléphone sonne !

C’est mon vieil ami qui s’enquiert de mes douleurs

Et me fait parvenir de sa voix radiophonique

Les centaines d’hommages que je ne peux lire ici

(Y’a pas de salle de jeux et encore moins d’internet).

Je retiens ce texte écrit au-delà de l’océan,

“Séducteur sans image”

Qui me touche particulièrement,

Le genre d’épitaphe que j’aimerais avoir sur ma tombe qui n’existera pas,

A moins que, rien que pour que l’on puisse la lire,

Je ne fasse l’acquisition d’une plaque de marbre factice… en stuc.

Je m’arrête là pour ce midi, la viande bouillie va arriver.

Ceci dit, j’ai profité de mon passage en bas

Pour me faire livrer deux parts de tartes aux pommes cannelle

(En plus au profit du téléthon, soit deux bonnes actions),

J’ai dans un sac trois mandarines, une poire, une pomme

Et dans un tiroir, un nuts, un snickers et une tablette de ritter sport…

…13h30, j’avais été mal renseigné,

Ce n’était pas de la viande,

Mais un morceau de poisson, tout aussi bouilli,

Qui ressemblait étrangement à celui de mardi !

Probable qu’ils avaient été pêché le même jour…

 

A suivre….

 

12.12.2006

Chroniques en milieux inhospitaliers.

 

 

                                                  L’hôpital (1)

 

Mercredi 6 Décembre.

 

 

Cette double fracture aura eu un mérite,

Celui de me faire découvrir le milieu hospitalier du troisième millénaire.

Milieu qui, sur le peu que j’en ai vu en trois jours,

N’a d’hospitalier que le nom…

Mais, revenons quelques pas en arrière

(Oui, je sais faire cela, même avec un déambulateur).

Ce match a failli ne pas se jouer !

Figurez-vous qu’à quatorze heures, sur la place de Peyrat la Nonière

Nous n’étions que cinq !

Et étrangement, moi qui adore jouer (Je n’arrive pas encore à dire “j’adorais”),

Je me voyais déjà rentrer avec plaisir à la maison,

Entre autre pour finir ces bilans semestriels que notre direction nous demande de rendre au bout de trois mois !... (Comprenne qui pourra disait Bobby Lapointe)

(Je n’avais pas forcément l’intention de les rendre, mais les finir oui),

Quand d’autres joueurs se sont enfin signalés,

Et bien qu’à dix, nous l’avons joué ce match.

Détail “amusant” s’il en est,

Dans les vestiaires, juste avant le match,

J’ai annoncé à mes coéquipiers que c’était le dernier match que je disputais en entier.

“Amusant”, dans la mesure où je n’ai pas pu le terminer…

C’est à se demander si je ne lui ai pas tendu la jambe à ce gars là…

Pas à cause des bilans, croyez-moi,

Mais seulement dans un acte inconscient…

Enfin… On ne le saura jamais.

Vous m’auriez vu, allongé au milieu du terrain

En attendant les pompiers d’Evaux-les-Bains.

Oui, en Creuse il n’y a pas la mer,

Mais il y a les termes d’Evaux-les-Bains,

Là même où j’ai vu cet été Canned Heat et Ten Years After,

Pour un concert qui fera titrer au journal la Montagne du lendemain :

“Woodstock en Creuse-2500 personnes”.

Donc je suis resté là, allongé sous la pluie,

Protégé par quelques couvertures,

Entouré par les joueurs des deux équipes

Et les nombreux spectateurs présents pour ce match,

Une quinzaine de personnes environ,

En fumant la cigarette que j’avais réclamée à mon président.

Un dirigeant adverse m’avait bien proposé :

“Tu veux une gitane, c’est de la bonne cigarette ça…”

Mais je lui ai répondu que j’étais bien trop délicat pour fumer des brunes…

Je me disais : “Que pensent-elles ces deux jeunes filles

En voyant ce vieillard brisé en pleine gloire ?”

Et tout ce que je pouvais dire à ces gens qui s’inquiétaient de ma douleur,

C’était : “C’est bien triste de terminer sa carrière comme ça”.

Mais, ne sombrons pas dans le mélo,

Montons dans le véhicule des pompiers enfin arrivés,

Et filons à toute allure au rythme des pim pom pim pom

Vers l’hôpital de Guéret, via Chambon, Lussat et Gouzon.

Hôpital que je connais un peu,

Mais seulement en tant que visiteur valide.

 

Harry Steed ("Chroniques en milieux inhospitaliers")

 

A suivre….